Mardi 26 janvier 2010 2 26 /01 /Jan /2010 00:00



Le 15 janvier 2010, Gideon Levy participait à une rencontre avec le public organisée à la Librairie de l'Atelier à Paris. Il venait évoquer le recueil de ses articles publiés dans le quotidien israélein Haaretz de 2006 à 2009, mais aussi son métier, la situation politique en Israël et sa farouche opposition à la colonisation en Palestine.


Vous pouvez retrouver le compte-rendu de cette soirée sur Bakchich et sur mon autre blog.



Mais Gideon Levy ayant dit des choses passionnantes et n'ayant pu tout garder dans mon article, je vous propose une retranscription, aussi fidèle que faire se peut,  du déroulement des questions-réponses, en guise de dépôt aux archives qu'il évoque lui-même avec humour et cynisme au cours de cette magnifique soirée.

gfideon_la_fabrique-2e3a4.jpg

La soirée a commencé par la lecture d'un article du recueil Gaza, intitulé "Qui a besoin de ça ?" et daté du 19 juillet 2009. Après laquelle, Gideon Levy prend la parole.

Gideon Levy : « Tout d’abord je voudrais vous dire que je n’ai pas écrit ce texte, avec tous ces mots qui résonnent si bien. C’est bien plus beau en français que ça ne l’est dans le texte originel. Une telle soirée n’aurait pu avoir lieu à Tel-Aviv. En Israël, il est tout simplement inimaginable que des gens se déplacent par temps de pluie, qui plus est un vendredi soir, pour parler de Gaza, surtout si c’est avec Gideon Levy.


Semaine après semaine, j’ai l’impression d’écrire pour moi-même, pour les archives. Mais en voyant mes articles publiés, je sais que ça en vaut la peine. Je me sens patriote, je me sens concerné par Israël. J’ai toujours vécu en Israël. Je pense sincèrement que le patriotisme est ce que je ressens pour mon pays. Et quand je le dis à mes compatriotes, soit ils rigolent, soit ils me crachent dessus.


Dans ma profession, j’ai vu pire qu’en Israël. J’ai été témoin d’atrocités en Bosnie, en Géorgie. Mais toutes ces atrocités n’étaient pas commises en mon nom. En Israël, je partage la responsabilité de chaque balle, de chaque obus tiré sur la Cisjordanie, Gaza ou le Liban. J’en tire un sentiment de honte en tant qu’Israélien. Le projet d’occupation implique toute la société : du système éducatif, législatif jusqu’ aux médias. Je me sens honteux et coupable parce que je suis un patriote israélien. Ni les colons, ni l’extrême-droite, ni les généraux de l’armée, aucun d’entre eux n’est plus patriote que moi et ne se soucie du futur d’Israël plus que moi. .


Il y a quelques années, je suis allé à Gaza avec un journaliste de TF1 qui faisait un sujet sur moi. A Rafah, j’ai vu une maison pauvre. Nous sommes entrés. Dans un coin sombre, il y avait une femme paralysée étendue sur un lit, l’air traumatisé. La nuit d’avant, elle avait dormi avec sa fille qui était tout ce qu’elle avait dans la vie. Elles dormaient dans le même lit. Dans la nuit, un missile israélien a touché la maison. Un morceau du plafond s’est détaché et a tué sa fille. Celui qui appuyé sur le bouton pour lancer ce missile est à mon avis un terroriste et l’a fait en mon nom. Le journaliste français m’a demandé comment je me sentais. J’ai répondu que c’était un moment où je me sentais honteux d’être israélien. De retour à Tel Aviv, je reçois un coup de téléphone de ce journaliste qui m’annonce « On ne va pas pouvoir diffuser la phrase. » « Est-ce un problème technique, demandai-je, car je suis prêt à répéter. » Je pensais qu’il s’agissait effectivement d’un problème technique et que son orgueil de Français l’empêcher de le reconnaître. Il m’a avoué que le directeur de la rédaction pensait que les spectateurs français ne pouvaient pas comprendre une telle phrase. J’ai été choqué, surpris. Au moins, en Israël, je peux écrire que je suis honteux d’être Israélien. »

 


Combien de personnes lisent Haaretz et quelles sont leurs réactions ?

Gideon Levy : « Haaretz est l’un des trois journaux nationaux en Israël. A l’instar du Monde, c’est un journal pour l’élite. Mais l’élite a changé et l’influence du journal a baissé. C’est un journal mainstream, malheureusement les jeunes ne lisent pas Haaretz ni les autres journaux d’ailleurs. Je donne des cours de journalisme et je suis stupéfait de constater qu’Israël est le seul endroit au monde où les étudiants en journalisme ne lisent pas les journaux.


Il est difficile de mesurer l’impact que je peux avoir. Mais quand les gens sont furieux contre moi, c’est que j’ai écris quelque chose. Si vous venez avec moi au marché Carmel à Tel Aviv, c’est le seul moyen que j’ai de juger de mon influence. Et le résultat, c’est que je suis pas mal insulté. Par rapport à il y a vingt ans, Israël aujourd’hui est plus raciste, plus nationaliste, plus militarisée. Donc je me dis que ce que j’ai fait depuis vingt n’est pas un succès. »



Gideon Levy
envoyé par mespetitesfables.

Gideon Levy parle de son impact sur les lecteurs du journal Haaretz.
Quand il va s'approvisionner en capsules pour la machine à café,
il ouvre un placard et tombe sur le dossier "Annulations d'abonnements
à cause de Gideon Levy". La traduction est assurée par Eric Hazan,
créateur des éditions La Fabrique.

 

Vous avez été conseiller de Shimon Perez. Quel a été le déclic dans votre histoire qui vous a fait changer de voie ?

Gideon Levy : « Quand je raconte ma vie, je dis que j’ai été un bon garçon : j’ai été à l’armée et j’ai fait pire. J’ai été le directeur de cabinet de Shimon Peres.

 

Si plus d’Israéliens voyaient ce que j’ai vu, la situation ne serait pas la même. Mais le système est organisé pour les empêcher de savoir. Et même s’ils voient et entendent, les Israéliens sont très contents d’eux. Tout le système nous persuade que l’armée israélienne est la plus morale du monde. Parfois je suggère que l’armée du Lichtenstein est peut-être plus morale que nous. Non, c’est la nôtre. D’ailleurs, je suis sûr que la mission israélienne pour Haïti est déjà arrivée sur place.

 

Les Israéliens sont un peuple avec des valeurs. Ils aideraient les vieilles dames à traverser la rue, même si elles ne veulent pas. Mais quand il s’agit d’occupation, c’est autre chose. Ils mènent une campagne depuis des décennies de déshumanisation des Palestiniens. Les Israéliens peuvent continuer leurs exactions car les droits de l’homme s’appliquent aux humains. Et si on gratte la surface de n’importe quel Israélien, on se rendra compte qu’aucun d’entre eux ne considère que les Palestiniens sont des humains.J’ai écrit que nous traitions les Palestiniens comme des animaux et j’ai reçu des lettres de protestation de la SPA, car les animaux doivent être bien traités.

 

Cette déshumanisation n’est pas marginale. Elle est au centre des préoccupations. On le voit jour après jour dans les médias. Pendant « Plomb durci », les médias israéliens ont invité la population à emmener les enfants sur les collines voir les bombardements au phosphore qui illuminaient Gaza. Au début de l’opération « Plomb durci », deux chiens ont été tués. Le premier par un missile kassam tombé sur Ashkelon. La photo de ce chien a fait la une des médias avec toute la famille en pleurs, désemparée depuis la perte de ce chien. Ce même jour, 100 Palestiniens ont été tués. Ce fait a été mentionné en pages 16 et 18 des journaux. Le deuxième chien était un chien militaire tué dans une maison de Gaza. Ses funérailles étaient en première page des deux autres quotidiens nationaux. Les 1 400 Palestiniens tués au cours de l’opération « Plomb durci » n’ont ni nom ni visage. (...) Beaucoup d’Israéliens sont capables de vous expliquer sérieusement que les victimes sont en Israël. Et comme disait cette « honorable » Premier Ministre Golda Meir : « Nous ne pardonnerons jamais aux Palestiniens de nous obliger à tuer leurs enfants ». Elle a dit aussi : « Après la Shoah, les Israéliens ont le droit de faire ce qu’ils veulent. » »

 

 

Les jeunes hommes qui se battent dans les territoires, ne sont pas des monstres. N’ont-ils pas envie de témoigner sur ce qu’on les oblige à faire à leur retour ? Quelles sont les formes de résistance qu’ils manifestent et y a-t-il des pathologies psychologiques chez ces jeunes gens ?

 Gideon Levy : « Ce n’est par hasard que ce sont des gamins de dix-huit ans qui sont envoyés se battre dans les territoires. C’est universel, ce qu’on fait à dix-huit ans on ne le ferait pas à trente. Les gamins qu’on envoie à Gaza sont formés, conditionnés par un savant lavage de cerveau. On leur raconte que les armes iraniennes se déversent par les tunnels et que Gaza devient le plus grand arsenal du monde. Qu’espérer d’autre de ces enfants qui pensent que Gaza est l’endroit le plus dangereux du monde, qu’ils y vont pour sauver Israël et tout le peuple juif ?

 

Et pourtant, il y en a quelques uns qui résistent. Les refuzniks qui refusent de servir et certains qui y vont et qui, en revenant témoignent à Break the silence, une association des droits de l’Homme. Mais le système, représenté par entre autres une  coalition des médias et de l’armée, a délégitimé et ridiculisé cette organisation. Si bien que les soldats n’osent plus témoigner. Il faut souligner que tout cela se passe dans une réelle démocratie. Personne ne force les médias à faire cela. »

 

 

Y a-t-il à Gaza un espace de résistance ? Que pensez-vous d’un état unique laïque ?

Gideon Levy : « Il y a quelques années, on a organisé des élections à Gaza. Comme partout quand le gouvernement échoue, on a voté pour l’opposition. On ne peut jamais savoir. Peut-être qu’un jour les Français voteront pour les Socialistes. Pour les Gazaouis, l’OLP et le Fatah ont échoué. L’interminable processus de paix et les négociations n’ont rien apporté aux Palestiniens. Et la seule alternative a été le Hamas, présenté comme un parti non corrompu et prêt à lutter. Le Hamas n’est pas arrivé au pouvoir par un mouvement religieux mais par la déception du Fatah. Ce n’est pas plus ma tasse de thé qu’aucun autre mouvement religieux. Le monde a poussé les Palestiniens à voter. Il y a trois ans qu’on boycotte le Hamas et l’Europe est largement responsable. Même si on laisse de côté toutes les questions morales, c’est l’occupé qui est boycotté. Quel a été le résultat de ce blocus ? Le Hamas n’est pas plus faible, n’est pas près de s’écrouler. Le Fatah est-il une alternative ? Pourquoi ne pas mettre le Hamas à l’épreuve et lui parler. Demandez à vos gouvernants. »

 

 

Est-ce qu’Israël a favorisé la montée du Hamas ?

Gideon Levy : « En général, j’essaye d’éviter la théorie du complot. Il faut voir comment Israël a traité les autres partenaires. Arafat était trop fort. Abou Mazen était trop faible. Le Hamas était très bien car personne en Europe ou aux USA n’était prêt à discuter avec des terroristes. Il ne faut pas imaginer un conciliabule pour en décider. Les Palestiniens ont voté d’eux-mêmes. Mais c’est certainement quelque chose de très positif pour les Israéliens, qui ne veulent lâcher aucune colonie, d’avoir le Hamas en face. La preuve : il y a un homme qui pourrait devenir un vrai interlocuteur mais il se trouve actuellement en prison en Israël, Marwan Barghouti. Ils ne le relâcheront pas. »

 


Quel est l’intérêt de vivre dans cette société ?

Gideon Levy : « Je ne suis pas sûr d’avoir la bonne réponse à une telle question. »

 

 

Gideon Levy évoque la scène politique en Israël.

« Les élections en Israël sont devenues de peu d’importance. Si on observait avec le meilleur microscope de la meilleure université de France, on ne pourrait pas trouver de différence entre le Likoud, Kadima et les travailleurs. Il s’agit d’un grand mélange qui n’a pas d’intérêt. Dans la knesset actuelle, sur 120 députés, il y en a 110 juifs. Sur ces 110, pas un seul ne s’oppose clairement à l’occupation. Cela montre bien que les élections n’ont aucune importance. Il n’y a pas de réelle alternative pour le courant principal en Israël dont le slogan pourrait être emprunté à une marque de soutient-gorges : « Portez-le mais ne le sentez pas ». Tous les grands partis se disent pour le processus de paix, pour deux Etats. 60 % de la population est pour deux Etats « mais pas maintenant ». Personne ne fait rien pour le faire avancer, tout le monde appuie la colonisation. »


 

48671013.jpg De gauche à droite :

Natacha la libraire, Gideon Levy et Eric Hazan, éditeur chez La Fabrique qui assure la traduction.

© Vanessa Caradant, La fleur au fusil, avec son aimable autorisation.

 


La solution passe-t-elle par un état unique ?

Gideon Levy : « Par rapport à la solution à deux Etats, on en est aux arrêts de jeu. Il est peut-être trop tard. Je ne vois rien bouger dans cette direction, ni dans la société israélienne, ni dans le monde, sauf qu’il y a toujours des négociations de plans de paix. On a probablement raté la chance de la solution à deux Etats. Si c’est vrai, la solution d’un état n’est pas une solution prometteuse à mon avis. Je la soutiendrais si je pensais que ce serait un état juste. Mais ça ne le sera pas.

 

Ce que je dis aux gens de droite : « OK, on continue l’occupation. Et dans dix ans ? Et dans vingt ans ? » Il n’y a pas de réponse. Aucun d’entre eux n’acceptera un état palestinien. La question se pose de savoir si le monde va encore supporter que trois millions et demi de personnes (peut-être plus d’ici là) soient privées de tous les droits civiques.

 

Le changement principal de ces dix dernières années, c’est que la société israélienne est tombée dans le coma. En 1982, après Sabra et Chatila, 400 000 personnes protestaient dans les rues pour quelque chose qui n’avait pas été directement perpétré par l’armée israélienne. Aujourd’hui, il n’y aurait pas 400 personnes. C’est lié à l’écrasement complet du camp de la paix israélien. C’est dire sa force. Il y a vingt ans, tous les dîners du vendredi soir auraient tourné autour de « Qu’est-ce qu’on va faire des territoires occupés ? » Aujourd’hui personne ne s’en soucie. Ce changement est préoccupant. Il est le signe d’une société malade. Israël n’est pas un pays fasciste mais tous les ingrédients sont réunis pour le fascisme. Rien ne stoppera le fascisme si demain un leader fasciste accédait au pouvoir. Nous sommes prêts. Ni le système éducatif, ni les instances législatives, ni les média, ni la société civile, ni le monde ne l’empêcheront. »

 

 

Quelles sont les pressions extérieures possibles ? Qu’en est-il du boycott ?

Gideon Levy : « La réponse est complexe de mon point de vue. Je suis un Israélien qui ne boycotte pas Israël. Cela m’est difficile de le prôner pour les autres. Le monde doit intervenir si les crimes de guerre ne sont pas jugés. C’est une façon d’intervenir. Si Israël ne fait rien pour juger ses criminels de guerre, le monde doit s’en occuper. La première réaction à un boycott sera : « Le monde est antisémite et nous allons lui donner une leçon ». Mais essayez d’empêcher un Israélien d’aller faire les soldes aux Galeries Lafayette, il laissera tomber tous les territoires.Le boycott a été efficace contre l’Apartheid. Cela étant dit, l’Apartheid ne peut être comparable car l’occupation israélienne est pire, plus brutale par certains aspects. C’est ce que m’ont dit des juges et des militants sud-africains que j’ai rencontrés en Afrique du Sud. »

 

 

Puisque la solution à deux états est un mensonge, est-ce qu’Israël le maintient pour contrôler les richesses de la région ?

Gideon Levy : « Pour des gens comme moi, la solution politique n’est pas le premier but. Le but est de mettre fin à l’occupation et résoudre le problème des réfugiés palestiniens. Après soixante ans, ils méritent qu’on s’occupe d’eux et que l’on mette fin à l’occupation d’une façon ou d’une autre. Israël n’a pas à poser de conditions pour y mettre fin. Un voleur n’a pas à émettre de conditions à la restitution de ce qu’il a volé. Pas un seul Etat ne reconnaîtrait la validité de ces conditions, pas même la Micronésie. Ce qui viendra après devra être discuté. L’occupation est illégale. En finir est le but numéro un, discuter avant ne sert qu’à perdre du temps et prolonger les choses. »

 

 

Aujourd’hui, qu’est-ce qui empêche les Israéliens de commettre un génocide sur les Palestiniens comme on a pu le voir en Bosnie ou au Rwanda ?

Gideon Levy : « Soyons francs, le monde juge Israël différemment que les autres pays pour de bonnes raisons. Israël a de fait le statut d’une démocratie occidentale. Il y a un prix pour ça. Israël est plus critiqué que le Soudan et c’est ainsi que cela doit être. Bien sûr qu’il y a eu des choses pires à Sarajevo ou ailleurs, car il y a des choses que je n’ai pas vues dans les territoires occupés. Est-ce que ça veut dire qu’Israël est moral ? Je n’ai pas besoin de faire des comparaisons. Pour moi, ce sont des faits, des atrocités, limités dans le temps. (...)

 

Là on a affaire à une histoire qui a démarré en 1948. Il y a dees gens comme moi qui pensent que les Juifs avaient le droit de construire un état mais de façon plus démocratique. Mais c’est une affaire qui dure depuis soixante ans. D’une certaine manière, c’est pire qu’un massacre localisé dans le temps. La vie quotidienne des Palestiniens est plus dépressive, inhumaine, plus cruelle que « Plomb durci » ou des opérations ponctuelles très violentes. Les comparaisons n’ont pas grand sens. Si Israël est prête pour un massacre, ça va se faire tout doucement. Il y a dix ans, un Israélien tué pour cent Palestiniens tués aurait choqué. Aujourd’hui, cela ne choque personne. Si ce processus continue, la différence sera plus grande. On descend tout doucement la pente de l’indifférence. »

 

 

Y a-t-il pour les Israéliens un espoir de transfert un jour des Palestiniens ?

Gideon Levy : « Le danger existe. Les Israéliens n’ont pas en tête un transfert mais plutôt de terroriser la vie des Palestiniens si bien qu’ils partiront d’eux-mêmes. Or cela ne se produira pas. Je veux aussi croire qu’en cas de transfert massif, le monde interviendrait et peut-être même la France. Cela purrait se produire en temps de guerre comme en 1948 ou en 1967.

 

J’ai l’impression, dans cette soirée, de ne donner qu’une vision pessimiste. »

 

 

Vous nous parlez des médias qui mentent, une catégorie de la population ostracisée, une société sécuritaire presque à outrance, mais en France on vit la même chose. Nous sommes dans le même bateau. Qu’est-ce qui serait efficace en dehors du boycott ?

Gideon Levy : « J’aimerais bien être dans le même bateau que la France car les fromages sont bons. Paris est plus beau que Jérusalem. Il faut que le monde sache que Jérusalem est la ville la plus moche qui soit. Cela dit, nous ne sommes pas dans le même bateau, car à part la Martinique, il n’y a pas d’occupation militaire en France. C’est une différence de taille.

 

Je suis un peu réticent à donner des conseils sur le boycott parce que je viens d’Israël et j’y retourne. Ceux qui se sont exilés ont été courageux en payant ce prix. Mon seul choix est de ne pas acheter le vin du Golan. Mais je bois le vin israélien. »

 

 

Pourquoi le mouvement de la paix a-t-il été un échec absolu ? Israël est-il, comme on l’a entendu dire, un état judéo-nazi ? Est-ce que l’Axe du mal de George Bush a renforcé Israël dans sa politique ? Sinon qu’est-ce qui explique une telle régression ?

Gideon Levy : « Le mouvement de la paix a chuté pour deux raisons. Le mensonge d’Ehoud Barack qui a réussi à faire croire qu’il ferait tout pour la paix. Les Palestiniens ont dit « Non », donc il n’y avait pas d’interlocuteur valable pour la paix. Et puis les attentats suicide sont arrivés au moment où il aurait vraiment dû se manifester. C’est pour cela que le mouvement de la paix s’est écroulé. C’était formidable dans les années Rabbin au moment des accords d’Oslo d’aller chanter avec les artistes à la mode, bien sûr quand il faisait beau. C’est quand ça a commencé à devenir dangereux qu’il aurait fallu élever la voix. Ce qui montre bien ce qu’ils étaient avant. Mais il ne faut pas oublier que des gens courageux continuent de se battre, y compris des jeunes. Mais pas d’illusions, ils sont très marginaux. Leur courage doit être salué. Et il ne faut pas oublier qu’ils sont à peine relayés par les médias. (...) Mais la gauche israélienne a trouvé une alternative. Tous les ans, nous nous réunissons le 5 novembre au square Rabbin pour commémorer l’héritage de Rabbin avec des artistes d’avant-garde, en se disant que si Rabbin n’avait pas été tué, on aurait deux états. C’est ce qui reste de la gauche israélienne. »

 


Gideon Levy conclut.

« Au moins de l’extérieur, une voix différente se fera entendre. Cela balance mon scepticisme sur l’intérieur. Car au Moyen-Orient, comme partout, il faut être assez réaliste pour croire aux miracles. »


 


PS : Merci à Gala pour le film.

 

Par Angelina - Publié dans : International
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 1 juillet 2001 7 01 /07 /Juil /2001 23:46
Le festival "Un été en Iran" propose aux Parisiens le dépaysement et la découverte d'un autre cinéma.



nijkdzxd L’Iran s’invite pour l’été à Paris. L’Espace Saint-Michel accueille depuis hier onze films de sept réalisateurs iraniens. Les films évoquent courageusement, sans complaisance mais sans apitoiement, l’Iran post-Khomeiny, le conflit inévitable entre une société avide de changement et une communauté fondée sur les traditions. Toutes les minorités sont représentées, les réfugiés, les victimes de guerre, les femmes.

Cible privilégiée de la misère, de la folie et de la bêtise des hommes, les enfants sont souvent prétexte à brosser le portrait d’un pays qui vacille. "Le petit homme" d'Ebrahim Foruzesh évoque le destin d'un enfant qui se propulse dans le monde des adultes pour subvenir aux besoins de sa famille. Un monde incompatible avec sa vie de petit garçon.

L'Iran d'aujourd'hui, ce sont des femmes qui voudraient prendre leur place dans la société, sortir des maisons, participer à l'effort économique et qui sont finalement refoulées dans l'ombre du mari, comme Ibrahim Mokhtari le raconte dans La Contrainte. Les problèmes entre Zinat et Hamed ne feront que commencer après que la jeune femme ait cédé à la contrainte.

Les films, dans leur sujet et leur traitement, sont proches de la veine néo-réaliste. Mohsen Makhmalbaf ne manque d'ailleurs pas de faire un clin d'œil au voleur de bicyclette de Vittorio de Sica en faisant pédaler Nassim, pendant sept jours, pour gagner l'argent qui lui permettra de soigner sa femme.

Pays mal connu, qui suscite encore la méfiance, l'Iran vit d'abord son ouverture sur l'Occident à travers un cinéma inventif, débrouillard, proches de ses personnages. L'Iran est à portée du cœur pendant trois semaines à l'Espace Saint-Michel.

Un été iranien
Espace Saint-Michel, 7 place Saint-Michel, 75005 Paris
Prix des places:42 F, tarif réduit:32 F, forfait 5 films pour 100 F
Renseignements au 01 44 07 20 49
Publié dans : Cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 10 juin 2001 7 10 /06 /Juin /2001 22:28
8dfye0vd.jpg Image tirée du film Kandahar de Moshen Makhmalbaf


La situation dramatique dans laquelle se trouve plongé l’Afghanistan est en train de trouver un relais dans le monde médiatique. La mobilisation peut-elle engendrer une véritable résistance au régime des Taliban ? Etat des lieux.

Cahotant dans sa voiture de chantier en chantier, Hélène Surgers, n'en continue pas moins de militer. Architecte, elle met à profit ses différents trajets quotidiens pour répondre au téléphone avec son kit main libre et gérer son association à distance. En septembre 1999, à la faveur d’une rencontre avec Mehrabodin Masstan, chargé d’affaires à l’Ambassade d’Afghanistan, elle fonde Liberté en Afghanistan « car les Afghans ne savent pas tendre la main. », affirme-t-elle de sa voix grave qui impose le respect. Cette association a pour but d’acheter des tentes, des vêtements chauds dans les pays limitrophes de l’Afghanistan comme le Tadjikistan ou l’Ouzbékistan et d’acheminer des médicaments. Elle publie également un bulletin trimestriel, La Voix Afghane qu’elle estime correspondre à un besoin.

Réafghanisation. Hélène Surgers voit les choses à long terme et tente de mobiliser les bonnes volontés dans l’attente d’une éventuelle victoire du Commandant Massoud sur les Taliban : « Nous leur avons dit qu'ils avaient besoin d'un gouvernement en exil. Si la paix arrive, il seront démunis, il faut penser à réafghaniser le pays. » Hélène n’a pas l’ambition de reconstruire parce qu’elle estime que c’est aux Afghans de le faire, mais elle est prête à les conseiller et à les soutenir.

Nombre d’associations sont apparues ces dernières années pour collecter de l’argent et aider le peuple afghan réduit à une misère et un dénuement insupportables. Pourtant, ce dévouement, spontané et désintéressé, ne fait pas l’unanimité. Fabien s’implique dans la cause afghane en communiquant sur les forums Internet mais pour lui il n’y a pas d’association convaincante sur le sujet. Un Afghan à Paris depuis plus de vingt ans ne fait confiance qu’à Amitié franco-afghane et pense que « toutes les autres sont bidons et (qu’) on ne sait pas où va l’argent ».

Le jeu de massacre des Taliban en avril dernier sur les Bouddhas géants, taillés dans la falaise de Bamiyan, a replacé l’Afghanistan sous les feux des projecteurs. Depuis un mois, l’hebdomadaire Elle publie régulièrement des articles sur l’Afghanistan. En cinquante-trois ans, c’est la première fois que ce journal féminin fait une couverture politique. « Il est triste de constater que la destruction des Bouddhas a suscité une émotion mondiale et qu'on a oublié de dire que les Taliban ont tué des centaines de personnes dans cette région, notamment des Hazaras (minorité afghane de confession bouddhiste) », affirme Annick Le Floc’Hmoan, reporter de Elle. Les répercussions de cette initiative s’étendent à l’échelle mondiale. « Il y a même eu des papiers dans la presse pakistanaise et les Taliban ont répondu en niant tout ce qui avait été dit dans nos articles ».

Amalgame. Deux publicitaires indépendants, Emmanuelle Dunoyer et Pascal Avot, ont décidé d’agir en montant une campagne d’affichage. L’agence Magnum et le photographe Chris Steele-Perkins ont gracieusement offert les droits sur les images utilisées, la chaîne publicitaire a suivi : afficheurs, imprimeur, papetier, photograveur ont tous participé bénévolement. La photo en noir et blanc montre une femme sous un tchadri. Le slogan est sans appel : « En Afghanistan, 100 % des femmes sont portées disparues ». Emmanuelle Dunoyer explique que la femme est un symbole de la répression en Afghanistan. Ils préparent un spot pour le cinéma qui devra passer dans les écrans publicitaires à partir du 13 juin.

Ces bonnes volontés ne suscitent pas toujours un enthousiasme inconditionnel. Nombre de spécialistes de l’Afghanistan dénoncent certains « raccourcis » des journalistes qui n’ont pas le recul nécessaire par rapport à la complexité de la situation. Christophe de Ponfilly qui réalise des documentaires sur l’Afghanistan depuis vingt ans explique que le tchadri est un problème à Kaboul mais que dans les provinces, les femmes n’ont jamais cessé de le porter. Choquée par une coutume culturelle, l’Occident érige un symbole que les Afghans de France ne comprennent pas. Ponfilly réfute par ailleurs le terme de « résistance afghane » employé dans nombre de publications et de sites Internet. Selon lui, les Taliban sont certes composés de combattants pakistanais et de milices arabes, mais aussi et surtout d’Afghans. Hélène Surgers acquiesce en reconnaissant qu’il ne faut pas faire d’amalgame. Un écrivain afghan avertit qu’ « on donne des médicaments sans connaître le mal ».

Massoud l’Afghan. A l’ombre des initiatives « institutionnelles » fleurissent des bonnes volontés individuelles émues par le sort des Afghans. Jérôme, 27 ans, a créé un site Internet il y a deux ans avec deux camarades. « Le catalyseur de la passion pour l’Afghanistan a été le film de Christophe de Ponfilly, Massoud l’Afghan ». Au fil des témoignages, il semble que ce documentaire a joué un grand rôle dans l’engouement des jeunes Français pour la cause afghane. « Ma passion pour Massoud me vient du film de Ponfilly. Comme le film, elle est très subjective », reconnaît Fabien. Le charisme du chef de guerre, célébré et quasiment icônisé par le film de Ponfilly, plus que tous les autres qu’il a pu réaliser avant et après, est extrêmement fédérateur. Hélène Surgers ne tarit pas d’éloges à l’égard du Commandant afghan : « J'appréhendais la rencontre, je me demandais si j'allais continuer s'il ne me plaisait pas. Mais il est à la hauteur de ce que j'imaginais, en plus austère, plus intense. Il est maigre mais il se débrouille toujours pour que tout le monde ait à manger. » On loue son courage et sa détermination, personne pourtant n’ose faire mention de sa beauté. Chekeba, étudiante afghane de France, reconnaît que depuis la visite de Massoud en France, la communauté afghane en France semble enfin se mobiliser. Il est vrai qu’ici elle est très disparat, elle ne compte pas plus de 5 000 membres. Elle est de plus composée de deux vagues successives qui ont vingt ans d’intervalles : ceux qui ont fui le régime communiste et ceux qui fuient les Taliban. « Et puis, relève Chekeba, c’est une communauté qui s'intègre facilement. »

Alternative au pire. Est-il possible dès lors de parler d’une réelle résistance anti-taliban organisée ? Les faits ne confirment pas cette hypothèse. L’Ambassade à Paris, qui ne compte que trois personnes, est pourtant très active et ne ménage pas ses efforts pour faire entendre sa cause. Au début du mois d’avril, elle a organisé le voyage de Massoud en France et en association avec le magazine Elle, elle a fait venir témoigner trois Afghanes au Parlement européen. Au mois de mars, elle a officiellement fait part de son irritation au Quai d’Orsay qui avait reçu une délégation de Taliban sous un prétexte humanitaire. Porte-parole du Commandant Massoud, elle bénéficie des faveurs médiatiques. Pour Marie-Pierre Caley, déléguée générale de l’organisation humanitaire Acted, il s’agit d’une alternative au pire. « La France n’a pas de politique en Afghanistan. Ne pas reconnaître le régime des Taliban, à l’heure actuelle, c’est bien le minimum que l’on puisse faire. » Ainsi, l’unique espoir de l’Afghanistan pèse sur les épaules du « Lion du Panjshir ». « Tant qu’il sera là, ajoute Marie-Pierre Caley, nous aurons la possibilité de ne pas considérer les Taliban comme un fait admis. »
Publié dans : International
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Dimanche 10 juin 2001 7 10 /06 /Juin /2001 15:20
Pour son retour au cinéma, Benoît Poelevoorde nous gratifie de ses dons de scénariste. Il a en effet co-écrit Les portes de la gloire, le premier film de Christian Merret-Palmair, réalisateur des Cahiers de Monsieur Manatane sur Canal +. Un film drôle et émouvant, un miroir où il ne fait pas toujours bon se regarder.

les_porte_de_la_gloire.jpg

Des rues pluvieuses et lugubres, des zones pavillonnaires à n’en plus finir : le nord de la France. Christian Merret-Palmair nous entraîne dans ce décor glauque pour suivre les aventures d’un dilettante qui fera son chemin. Jérôme Le Tannec (Julien Boisselier, inconnu mais prometteur) fait ses débuts dans le porte à porte pour les éditions Pégase. Il est par ailleurs, le futur beau-fils du boss (magnifique Jean-Luc Bideau). Supervisé par trois VRP au look tel qu’on pourrait les croire sortis d’un film de Bertrand Blier, le voilà confronté aux dures réalités d’un métier ingrat où la porte vous claque souvent au nez. Leur petit groupe est chapeauté par Demanet (l’inénarrable Benoît Poelevoorde), un manager psychotique qui s’identifie au Colonel Nicholson du Pont de la rivière Kwaï.

Moineau, fan invétéré de Michel Sardou, macho et franchouillard (Yvon Back, décalé), Sergent, cinquantenaire râleur et blasé (Etienne Chicot, égal à lui-même) et Balzac, doyen appliqué (Michel Duchaussoy, un vrai bonheur) trimbalent à leur suite ce trentenaire hésitant et maladroit. Nos compères sont chargés de vendre une encyclopédie en cinq volumes écrits par le philosophe Ralph Spiegel, censée avertir le public des dangers qui guettent la planète. Leur commerce repose entièrement sur la crédulité des gens qui cloîtrent leur misère derrière les volets.

Le film est une succession de saynettes passionnantes. Demanet est un personnage tout en contradictions, touchant et irritant à la fois, on s’attendrit sur les déconvenues du néophyte qui a bien du mal à se plonger dans le bain. Les répliques trempées d’humour belge font mouche. Demanet jette un coup d’oeil sur la photo de la fiancée de Jérôme : “Elle a une grosse tête”. Moineau conserve religieusement un poil pubien appartenant à Michel Sardou : “Tu l’as vu tomber de sa bite ?”

La réussite du film réside dans le fait que l’on ne s’apitoie jamais ni sur la bêtise, ni sur la malchance des personnages. Le drame côtoie quasiment en permanence la comédie dans un mariage assez inégal mais réjouissant. Les gags paraissent avoir été plaqués à la va-vite sur la trame narrative. Cependant, on peut regretter une certaine absence de légèreté dans le propos. On rit, mais on rit gras. On passe malheureusement totalement à côté de la satire comico-réaliste qui fait la gloire des cinéastes britanniques.

De ce fait, la surenchère dans le burlesque et le jeu outré de Benoît Poelvoorde sont plutôt à déplorer. Drôle, il n’en est pour autant pas crédible. Sa dérive mentale nous semble lointaine et inaccessible. Les références cinématographiques au Pont de la Rivière Kwaï et à Taxi Driver sont bienvenues, mais le décalage comique ne tient plus la route face à la retenue et la nuance d’un Etienne Chicot vitaminé et d’un Michel Duchaussoy plus vert que jamais. Benoît Poelevoorde ne devait pas jouer le rôle de Demanet au début du projet. Il aurait en effet mieux fait de s’abstenir. Sa prestation déséquilibre l’ambiance qui hésite entre franche poîlade, humour noir et drame social.

C’est bien là le seul défaut que l’on puisse trouver à ce premier film de qualité. Nul doute que ce début prometteur augure d’une belle carrière dans le cinéma français. Voilà un cinéma d’hommes, un cinéma humain à hauteur du regard.


Les Portes de la Gloire, sorti le 13 juin 2001 sur les écrans.
Publié dans : Cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Vendredi 1 juin 2001 5 01 /06 /Juin /2001 00:14
1bq5nd7b.gif « Josiane trompe Jean-Michel, Jean-Michel va s’en plaindre à Pierre, et tout le monde finit au restaurant. » C’est en ces termes qu’un producteur allemand a résumé sa vision du cinéma français à Catherine Hertault, scénariste du film Pourquoi maman est dans mon lit ?. Les scénaristes français sont les premiers à s’alarmer face à la détérioration de l’écriture cinématographique en France. Ils dénoncent en priorité un dramatique manque de moyens, une mauvaise gestion du système et surtout la frilosité des instances politiques.

Pour combattre ce mal-être récurrent, la ministre de la Culture, Catherine Tasca, vient d’adopter 4 mesures inspirés par le rapport Gassot sur l’écriture et le développement du scénario. Le rapport du célèbre producteur français constate l’ampleur des dégâts. Le cinéma n’investit que 2 % du budget total d’un film dans l’écriture du scénario en France, le tiers des sommes consacrées à la promotion. En comparaison, le cinéma américain investit 10 % dans l’écriture. En conséquence, la tâche des scénaristes est dévalorisée, ils sont mal payés.

« En France, il y a cette notion que tout le monde écrit et que l’écriture ne vaut rien, affirme Thierry Bourcy, scénariste pour la télévision. Or, il est normal de dépenser de l’argent pour l’écriture. Quand ce sera rentré dans les mœurs, tout le monde sera plus décontracté. » Il existe un réel mépris pour l’écriture de l’industriel en France et un manque de formation flagrant.

Le statut de scénariste ne figure même pas dans la nomenclature des métiers du cinéma formulé par le CNC*. L'ANPE le place dans la catégorie des « écrivains ». Il ne possède donc pas de statut professionnel. Se lancer dans l’écriture d’un scénario à l’heure actuelle est un projet risqué, qui laisse apercevoir peu de lendemains qui chantent. En effet, la plupart des auteurs ne dépassent pas le SMIC. Un tiers des films français sortis en 1999 (50 sur 150) ont assuré un revenu inférieur ou égal à 200 000 F à l’auteur du scénario. Quand on sait qu’un scénariste produit rarement plus d’un scénario par an et le plus souvent en collaboration, le salaire s’élève à 100 000 F par an et par auteur, soit 8 000 F bruts par mois, pour un scénariste actif sur trois.

Le ministère de la Culture prévoit la création d’un bureau d’accueil au sein du CNC visant à orienter et informer les auteurs sur les aides accordées par différents organismes. Thierry Bourcy approuve en arguant que cela faisait longtemps qu’il réclamait une synthèse des aides disponibles et une réelle communication sur le sujet.

25 bourses du premier scénario, dotées de 40 000 F chacune, seront remises chaque année. Pour Catherine Hertault, « c’est faire une pratique d’Etat d’une pratique qui a déjà été proposée de façon individuelle par des organismes professionnels. » L’écriture demande du temps, de l’investissement personnel et un soutien financier constant. 40 000 F semble une aumône pour des auteurs qui en sont souvent pour leur frais.

Un soutien financier à l’écriture à hauteur de 80 à 150 000 F a été voté. Parallèlement, un relais financier pouvant atteindre 500 000 F a été prévu pour les producteurs ayant déjà investi dans un projet. Pour Catherine Hertault, c’est un vrai engagement politique. « Mais il faut être vigilant sur la façon dont cela va se passer. Quelles sont les personnes qui vont composer les jurys et sur quelles bases elles vont se décider. Le choix d’un script est extrêmement subjectif. Au CNC, de vieilles habitudes ont été prises. Tout dépend du matériau de base demandé aux auteurs pour une candidature. »

Ce financement est cependant contestable du fait qu’il ne sera accordé qu’aux seuls scénaristes ayant déjà écrit pour le cinéma. Thierry Bourcy dénonce l’ostracisme exercé à l’encontre des auteurs du petit écran. « N’importe quel scénariste qui aura écrit le pire des nanars pourra en bénéficier. C’est toujours la même mafia qui va prendre l’argent. » Il serait dès lors encore plus difficile de passer de la télévision au cinéma. Thierry Bourcy envisage donc de protester avec le syndicat… ou de demander la bourse du premier scénario. « Après 16 ans de carrière, ça pourrait être drôle ! »



* Centre National de la Cinématographie : organisme d'Etat qui dépend du Ministère de la Culture
Publié dans : Cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Présentation

Profil

  • Journaliste pigiste, j'ai publié dans des quotidiens nationaux (Le Monde, L'Humanité, Le Parisien) ainsi que des revues spécialisées dans plusieurs domaines (culture, beauté, santé, quotidien, restauration).

Recherche

Derniers Commentaires

Catégories

Recommander

Syndication

  • Flux RSS des articles
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus